Indignés… de quoi ?

Lorsque je vois ces temps-ci des manifestants baptisés ou auto-baptisés « indignés », deux pensées me viennent :

  1. ils sont gentils
  2. ils sont gentils

Ils sont gentils car pour beaucoup d’entre eux la vie injuste et misérable qui est leur seul horizon pourrait en pousser plus d’un à se révolter bien plus durement.

Ils sont toujours gentils car une pancarte « nous passons avant l’économie », ou même « ce n’est pas notre dette » paraît vraiment « hors sujet ».


Qu’avons-nous attendu pour nous intéresser aux affaires communes ?
Cette dette, créée par des représentants du peuple disposés à mentir pour ne pas laisser leur place à d’autres menteurs, ne nous revient-elle pas en partie au moins ? Les mensonges que l’on nous sert, ne sont-ils pas aussi de notre fait ?

Moi le premier : je ne me suis jamais vraiment intéressé aux affaires communes, d’une part parce que rien ne m’y poussait, surtout pas les gens aux manettes, mais aussi parce que j’avais ma vie (et je l’ai toujours d’ailleurs !). S’occuper des affaires communes demande en effet du temps.

Aujourd’hui, deux thèmes attirent ma nouvelle attention du domaine public :

  1. L’économie et la monnaie, crise de la dette oblige.
  2. La démocratie et la manière dont nous pourrions, réciproquement et collectivement nous améliorer, représentants comme représentés.

Pour la partie économique et monétaire, s’y retrouver n’est pas forcément facile. Voici quelques liens qui m’ont éclairés, je vous laisse y trouver ou pas de quoi vous alimenter :

Ensuite la partie démocratique.

  • « Tout est de la faute aux vilains banquiers » : facile à dire, prêt à penser. Les banquiers sont peut-être cupides, sans morale, etc. mais cela semble un peu léger de voir en eux la racine de tout mal et la brebis galeuse qu’il faudrait enlever du troupeau pour retrouver le paradis perdu. D’une part les lois qui encadrent leurs activités sont votées (j’y reviendrai), et d’autre part, en tout cas en France, les banquiers français ne possèdent que le tiers à peine de la dette de la France. Les autres sont des fonds souverains, des assurances, des banques étrangères, etc. Vous-mêmes, peut-être, êtes un débiteur de l’État français via des obligations ou des bons du trésor souscrits auprès de votre banque pour faire fructifier votre épargne sur le mode « bon père de famille » (http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/08/10/a-qui-appartient-la-dette-de-la-france_1558009_823448.html). Bien sûr, hein, comme chacun sait, un État ne peut faire faillite…
  • « Tout est de la faute de Giscard », et son frère jumeau « tout est de la faute de Maastricht ». Revenons donc simplement à la possibilité que l’État emprunte à sa banque centrale ou même chose au niveau de l’Europe, que chaque État puisse emprunter à la banque centrale européenne, à taux d’intérêt bas voire nul. En 1973, VGE alors ministre des finances de Pompidou (qui a été directeur de la banque Rotschild comme chacun sait à présent), fait passer une loi qui oblige les États à emprunter sur les marchés, à taux d’intérêts plus élevés et appliquant des critères de solvabilités a priori plus objectifs puisqu’il interdit que l’emprunteur possède le débiteur. L’argument principal est d’empêcher la création de monnaie pour éponger les dettes, donc empêcher l’inflation (http://vge-europe.eu/index.php?post/2008/07/25/Reponse-de-VGE)
  • « Les politiques tous pourris, tous dans la combine (sauf le Pen et Mélenchon, bien sûr, hein, faut quand même pas déco…) » : c’est bien connu, ils se font élire grâce à des moyens qui leurs sont prêtés par les riches, ou bien ils se retrouvent coincés une fois au pouvoir en découvrant alors une situation terrible dans laquelle les marchés/banquiers/riches capitalistes ont fait main basse sur le vrai pouvoir, avec chantage à la délocalisation, etc.

Je ne dis pas que chacun de ses arguments n’est pas valide individuellement.

Je pense simplement qu’ils sont insuffisants pour rendre compte de ce qui nous arrive et qu’ils ne nous prémunissent en rien contre d’autres déboires du même type dans le futur.

Car on pourrait aussi voir dans ce qui nous arrive une bête succession de maux et faiblesses nous concernant tous, poussant sur un terreau de conflits d’intérêt dont nous ne sommes toujours pas sortis :

  • Les représentés veulent obtenir des choses sans s’occuper de l’impact réel de ces demandes (« si je l’obtiens, c’est qu’on pouvait le donner, et c’est aussi le signe que je pouvais en avoir plus »)
  • Les représentants sont prêts à céder (j’avoue qu’une foule de raisons me viennent sans savoir réellement lesquelles sont les plus plausibles : envie de pouvoir, peur du vide comme conséquence de la professionnalisation du métier politique, peur devant le moment de l’élection, réseaux d’accointance, dépendances diverses, chantage, corruption, etc.)
  • Pour éviter de faire tourner la planche à billet, on souhaite trouver à l’extérieur la force qui nous manque :  on interdit donc à l’État d’emprunter comme il le veut et sans barrière suffisante à sa banque centrale, et l’on se tourne vers une autorité objective que l’on nous vante auto-régulatrice et sans défaut : « le marché »
  • Une manne s’offre ainsi aux personnes et institutions ayant suffisamment de capital pour l’investir
  • représentants et investisseurs vont main dans la main comme des aveugles suivant leur pente respective (la faiblesse face à la décision et l’appétit du gain), se berçant de la promesse merveilleuse que, de toute manière, on peut y aller, un État ne peut faillir, on peut toujours ajuster le taux de croissance prévu pour avoir un déficit qui rentre dans les clous, etc.

Alors puisque nous sommes en dernier ressort ceux qui, au travers des taxes prélevées sur le travail/production, font qu’un État ne faillit pas… pourquoi diable ne pouvoir rien dire, ni n’avoir rien à dire sur des sujets que l’on découvre si fondamentaux pour notre vie et notre liberté ?

Comme le montre Bernard Manin dans « Principes du gouvernement représentatif » (par exemple chez Amazon http://www.amazon.fr/Principes-gouvernement-representatif-Manin-Bernard/dp/2080813498), nous ne sommes pas une démocratie. C’est à dire qu’en dehors des périodes d’élections, vécues comme une sanction du mandat écoulé et un vote « d’impression » sur les personnalités qui se présentent, il n’y a aucun espace ni aucun moment pour que le citoyen décide de quoi que ce soit (consultations tronquées, sondages, etc. il y en a, mais de décision qui nous revienne, aucune).
Nous sommes représentés pendant la durée du mandat, et au représentant est laissée complète latitude pour régler les affaires du pays, celles qui relèvent de la gestion courante comme celles qui engagent le pays tout entier pour 50 ans. Les seules limites sont celles imposées par le nombre de gens dans les manifestations (et encore), la proximité des prochaines élections et le sens que chaque représentant va avoir de son rôle et de son mandat.

J’y vois une raison directe à l’absence d’engagement qui peut être ressenti individuellement du point de vue des lois, comme du point de vue du devenir commun. Rien ne vient contrebalancer le penchant à l’individualisme, rien ne fait intervenir le sens de la responsabilité et du bien commun que nous possédons pourtant tous.

Et si nous avions, en tant que citoyen la capacité d’influer directement sur les décisions qui sont prises, au niveau local comme au niveau national ?

Je ne parle pas de référendum, dont la tenue comme le contenu reste au main des représentants. Je parle, d’une part, du pouvoir de décider des affaires et sujets communs sur lesquels, d’autre part, des citoyens vont décider (citoyens tirés au sort ayant le pouvoir de décision, accompagnés de comités chargés de les éclairer, sans pouvoir de décision).

Pour information, je termine un livre intéressant qui esquisse quelques évolutions, même si elles sont assez axées sur l’articulation avec les moyens techniques qu’offre Internet : Egocratie et Démocratie d’Alban Martin
(par exemple sur Amazon http://www.amazon.fr/gp/product/2916571450)

Comment favoriser une telle prise de pouvoir et de responsabilité par le peuple, alors même que l’on a le sentiment que l’occasion d’une telle remise en question s’éloigne, une fois de plus, sur l’air du « Ouf, on a sauvé l’Euro, rendormez-vous braves gens » ?

Comment réaliser un mouvement de masse alors que partis politiques et syndicats ont si peu de représentativité et qu’ils restent figés dans des schémas de prise de pouvoir, que les associations sont si fragmentées et si axées sur des problèmes hyper-particuliers ?

J-C Garnier

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