Quelles solutions pour le système monétaire international ?

Hier je suis allé à une conférence organisée par la fondation « Res Publica » intitulée « Quelles solutions pour le système monétaire international ? »

Étaient invités :

  • Christian de Boissieu, Président du Conseil d’Analyse Economique
  • Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste économique, membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica, auteur de Mourir pour le Yuan ? Comment éviter une guerre mondiale ? (Bourin Editeur, 2011)
  • Paul Jorion, Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles, auteur de L’argent, mode d’emploi (Fayard, 2009) et Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard, 2009). Blog : http://www.pauljorion.com/blog/
  • Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des Economistes, auteur de Le Fabuleux destin d’une puissance intermédiaire (Grasset, 2011)
  • Sami Naïr, Administrateur et membre du Conseil scientifique de la Fondation

Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica était présent sans être acteur de ce colloque.

Voici quelques notes et impressions, un rapport complet devrait être mis en ligne dans quelques temps sur le site de la fondation :

Ce colloque a centré les interventions autour de la cause monétaire à la crise de la dette européenne. Voir une bonne introduction du sujet ici.

Le déséquilibre des balances de paiements implique que d’un côté des pays ont des dettes puisqu’ils n’ont pas assez de rentrées pour se financer, mais que d’autres pays qui sont eux excédentaires, ont à l’inverse de grosses réserves de devises qu’ils utilisent notamment (mais pas seulement) en achat de dettes souveraines.
Il y a ainsi une concurrence, pour ne pas dire un combat entre nations par l’intermédiaire de fonds souverains, de politiques de change restrictives, de fiscalités différentes, de sous-évaluation de la monnaie (protectionnisme), de maintien d’une main d’œuvre bon marché, etc.

Rôle du dollar, « contesté mais pas remplacé » qui permet aux États-Unis de financer leur dette énorme : 62% des réserves de changes mondiales sont en USD (dollar US), 27% pour l’Euro. La Chine avec sa monnaie, le Yuan, devrait d’ici 5 à 10 ans devenir une monnaie de référence convertible (elle ne l’est pas actuellement). Elle s’emploie d’ailleurs doucement, à son rythme, à faire valoir l’idée que le Yuan pourrait par exemple servir de monnaie d’échange entre les BRICS (Brésil, Chines, Afrique du Sud, Inde, Russie). La Chine empêche par tous les moyens que le Yuan soit actuellement convertible, et l’ancre au USD, ce qui lui permet d’une part de rester relativement à l’abri des impacts de la variation de l’USD, et d’autre part lui permet d’accumuler d’énormes réserves d’USD. La monnaie et le contrôle total qu’elle en a fait partie des outils politiques de la Chine pour devenir la 1ére puissance mondiale.

Idée des DTS ou monnaie internationale ou panier de monnaie (comme l’était l’ECU) pour remplacer le dollar dans les échanges internationaux : Chine et France sont alliés objectifs sur ce point. Rejet total par les US qui verraient disparaître leur principale source de financement de leur dette (« notre dollar, votre problème »). Mais ne remplacera pas les monnaies nationales (coûts de transaction trop fréquents et élevés si l’on devait toujours convertir depuis et vers le panier de monnaie), ni n’empêchera la concurrence entre monnaies du même panier, avec forcément des gagnants et des perdants (De Boissieu).

Putsch technocratique et libéral en Grèce et en Italie, pente qui tourne le dos à la démocratie. Il y a urgence, à qui le tour ? Les mêmes recettes qui ont échoué sont de nouveau appliquées, mais les marchés ne suivent pas, voir pour s’en persuader la très faible variation du taux d’intérêt accordé par les marchés à l’Italie après la nomination de Monti. (Jorion)

Complot anglo-saxon : non, plutôt situation qui leur est favorable au niveau du change, et qui permet en plus d’attirer l’attention sur autre chose que leurs propres problèmes.

Revenir à l’idée qu’une masse monétaire doit correspondre à une richesse réelle et au fait d’avoir une monnaie internationale qui ne soit pas en plus monnaie nationale (Bretten Woods) : cela éliminerait les paradis fiscaux, équilibrerait dans une certaine mesure les taux de change entre excédentaires et déficitaires.

Lorenzi : La seule chose qui importe, ce sont les taux d’intérêts. Redéfinir le rôle de la banque centrale, fédération mais définir exactement ce que l’on entend par ce mot. Solidarité entre pays de la zone euro (ceux qui vont bien aident ceux qui vont moins bien), euro-bonds avec mécanisme qui pénalise les moins vertueux. Mais paraît peu réaliste quand on voit la résurgence si facile de réflexes de concurrence entre pays appartenant pourtant à l’Europe ou à la zone euro.

Divergence quant à l’interprétation du comportement de l’Allemagne. Certains la voient égoïste (Quatrepoint), d’autres la voient évoluer positivement dans le sens d’une plus grande prise en compte de la solidarité européenne (Lorenzi)

Et puis quelques questions :

  •  La masse monétaire doit refléter une richesse réelle et non pas des dettes : quid de la masse monétaire créée par les banques à l’occasion d’emprunts, qui représente pourtant aujourd’hui la majeure partie de cette masse totale (cf. ce billet sur la monnaie et la création de monnaie)
  • A-t-on besoin de l’Euro pour avoir un « perdant », c’est à dire une monnaie toujours surévaluée, puisque toutes les monnaies ne peuvent être dévaluées en même temps ? On aurait alors une explication à tendance « géostratégique » des politiques de change, les monnaies sous-évaluées facilitant une balance des paiements excédentaire.
  • J-P Chevènement s’est fait l’écho de discours de chefs d’entreprise se plaignant que l’Euro surévalué les pénalise pour exporter. On peut comprendre cet argument qui paraît logique. Mais l’Euro est le même pour les Allemands que pour nous. La surévaluation n’explique donc pas que nous ayons plus de difficultés que les Allemands à exporter.
  • Dans la dette énorme qui nous écrase, quelle est la part imputable à des déséquilibres des balances commerciales ? Quelle est la part des autres facteurs (insouciance, spéculation, voire impossibilité structurelle avec une croissance faible de se financer auprès des marchés) ?
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