L’avenir de l’édition indépendante

Le salon « L’Autre Livre » des éditeurs indépendants qui se tient du 16 au 18 novembre 2012 à Paris (http://www.lautrelivre.net/) est l’occasion d’un débat sur l’avenir de l’édition indépendante (le 17 à 15h00).

A ce propos des contributions ont été demandées pour alimenter le débat. Voici donc la mienne, qui se fonde en grande partie sur la réflexion initiée dans les articles « les éditeurs au tournant du numérique » et « l’auteur, l’éditeur, le numérique et la liberté d’expression » de ce blog.

Je ne reviendrai pas sur le fait que l’édition indépendante représente pour une bonne part la diversité de la création et des idées.

Mais je n’ai pas envie de réfléchir à cette problématique en me donnant a priori pour but de « sauver » la chaîne du livre actuelle. De tels prémisses amènent trop souvent à de la langue de bois, à des subventions saupoudrées et finalement des décisions cachées ou des non-choix, donc souvent à la pire des situations : la situation non choisie.

L’édition indépendante se heurte à plusieurs difficultés. Mais elle a aussi des atouts et des leviers à faire jouer, certains nouveaux comme le numérique.

Je voudrais aborder la problématique en faisant une séparation entre ce qui relève de l’essence même de l’activité d’édition, et ce qui relève plus d’un changement de situation. Je finirai par la mise en exergue des leviers et moyens que peuvent saisir les éditeurs (voire les libraires) pour ne pas voir leur activité disparaître et des propositions ou des pistes de réflexion.

 

Les dangers concernant la situation

 

Explosion du volume de la production

 

Rien de bien neuf, cela fait au moins trente ans que l’on y assiste. Et surtout, rien à voir avec le numérique. Il suffit de voir la progression du nombre de nouveaux titres papier commercialisés chaque année depuis 2000 : + 50%, de 40.000 en 2000 à plus de 64.000 en 2011 (Cf derniers chiffres Electre pour 2011 par rapport à ceux de 2000, ces derniers peuvent se trouver dans le rapport Gaymard, annexe 5).

La production de plus en plus volumineuse tend à étouffer les productions qui n’ont pas les moyens des gros acteurs : en publicité, en moyens de distribution, en rapport de force avec les grosses enseignes de diffusion (les fameuses têtes de gondoles par exemple). La place est limitée, le temps de lecture aussi, il est de plus en plus difficile de se faire une place au soleil sur les gondoles.
Elle tend également à noyer leur production sous une avalanche d’autres livres, les rendant peu visibles, donc peu diffusées, donc peu diffusables pour des libraires qui doivent bien, aussi, vendre des livres pour vivre.

 

Concentration, rentabilité

 

De même la concentration et la rentabilisation du secteur de l’édition est une réalité depuis plus de dix ans (voir le chapitre « La rengaine de la diversité de la création et de la diffusion de la culture » dans l’article « les éditeurs au tournant du numérique« .

Elles orientent fondamentalement les moyens de diffusion et les types de production vers ce qui se vend le mieux, c’est à dire des productions de divertissement à gros budget publicitaire. Inutile de préciser que ce sont les éditeurs indépendants qui ont peu de budget ou une production moins divertissante (voire les deux à la fois pour les plus téméraires !) qui en font les frais.

 

Nivellement culturel

 

Et le nivellement culturel vient à la suite, renforçant la dynamique : le divertissement s’est toujours mieux vendu que le non divertissement, Diderot le disait déjà dans sa lettre sur le commerce des librairies. Mais allié au matraquage publicitaire, à la facilité, à un environnement de loisir omniprésent où le livre n’a plus guère sa place, le temps de chacun disponible pour des productions culturelles différentes, exigeantes etc. se réduit comme peu de chagrin.

L’éditeur indépendant qui ne fait pas de manga voit là un danger supplémentaire.

 

Les dangers concernant l’essence de l’activité d’éditeur

 

La captation des canaux de diffusion

 

Amazon, Google, Apple sont sur toutes les lèvres.

Ils s’imposent sur le maillon de la diffusion au public et captent ce public par un service exceptionnel : voir le chapitre « Comment s’imposer sur le marché du livre ? » de l’article « l’auteur, l’éditeur, le numérique et la liberté d’expression« .

Le danger ici est tout simplement la disparition des maillons de l’éditeur et du libraire (et à terme de l’auteur s’il ne rentre pas dans les critères) au profit d’un unique diffuseur.

 

Les difficultés à aller vers le numérique

 

Difficulté culturelle, tant on se plaît à assimiler le numérique à la froideur à l’anonymat, au détachement, à l’absence de lien, à l’absence de qualité.

Difficulté conceptuelle : que faire de vraiment original ? Les éditeurs indépendants sont-ils généralement friands de tels supports, peuvent-ils à ce titre imaginer des créations qui utilisent toutes les potentialités ? Les générations nouvelles qui connaissent essentiellement le support numérique trouveront-elles de quoi les intéresser avec leurs créations ?

Difficulté de mentalité : le numérique n’est pas qu’un support, Il est indissociable d’Internet et de la manière dont on s’y conduit. On peut s’y trouver noyé de manière bien plus totale que par la simple concentration des acteurs de la diffusion. Il requiert de savoir manier efficacement les outils de communication, les outils de recherche, il demande une présence permanente et sans cesse à jour.

Difficulté de compétence : produire en numérique n’est pas à la portée du premier venu, cela implique une remise en cause de l’ensemble de son modèle de fonctionnement, de son modèle économique et contractuel (je pense aux usages par exemple), de ses habitudes de pensée, de ses outils et fournisseurs.

Pour l’éditeur qui se décide à aller vers le numérique, seule la mission reste constante…

 

Les leviers et moyens nouveaux

 

Je n’aborderai pas les subventions et autres lobbying vers les pouvoirs publics. Je ne les connais pas suffisamment d’une part, et ils me semblent d’autre part participer d’une volonté que rien ne bouge, qui aboutit fatalement à la disparition.

D’autre me paraissent bien plus riches pour l’avenir.

 

De nouvelles créations, un nouveau public

 

En surmontant les premières barrières du numérique dont quelques-unes ont été évoquées précédemment, on peut, grâce à de nouveaux types de créations, grâce à l’utilisation bien comprise des nouveaux moyens de communication, trouver de nouveaux publics et un nouveau souffle à l’édition débordant largement le cadre du livre.

 

Le numérique

 

Le numérique est une chance.

  • Il permet de contourner les verrous de la distribution et de la vente
  • Il n’est en rien contradictoire avec les idées ou créations à diffuser
  • Il réduit le coût de fabrication, stockage, acheminement et rend ainsi possible des diffusions qui auraient été sinon trop risquées
  • Il offre plus d’indépendance aux « petits » en réduisant justement la dépendance envers les infrastructure tombées au mains des « gros »
  • Il permet des expérimentations de liens inédits entre auteurs et lecteurs et même entre lecteurs (les notes de lecture par exemple, mais aussi les commentaires, les discussions, etc.)

Bref, il offre tellement d’avantages et de possibilités pour la diffusion d’idées non commerciales…

Attention cependant, là comme ailleurs, la veille et l’action sont primordiales pour ne pas laisser ce domaine évoluer aux mains des gros du secteur : formats, protocoles, règles commerciales, etc. A ce titre des initiatives comme celle de la librairie Decitre avec la plate-forme TEA sont certainement des voies à suivre.

 

La diffusion (papier ou numérique)

 

L’alliance  d’une librairie « physique » à une plate-forme de type « libraire en ligne » proposant des téléchargements, de l’impression à la demande, un service de livraison, une newsletter, un forum de lecteurs, des avis de libraires, des discussions avec des auteurs, etc.

Mutualisation des coûts et des gains, visibilité sur tous les fronts (si l’on sait s’y prendre), élargissement des contacts à d’autres que ceux qui sont géographiquement proches, ouverture à d’autres types de création : telles sont les synergies qui pourraient exister entre éditeurs et libraires. On ne revient pas à la notion de libraire-éditeur qui avait cours jusqu’au début du XIXème siècle, mais à des fonctions qui sur Internet pourraient se joindre et se dynamiser pour le plus grand bonheur des lecteurs notamment.

 

La redéfinition du rôle de l’éditeur

 

Voir le dernier chapitre « Quelques pistes pour retrouver le goût de travailler ensemble » de l’article « les éditeurs au tournant du numérique« .

Voir également le chapitre «  »Comment lutter contre l’établissement de tels monopoles ? » de l’article « l’auteur, l’éditeur, le numérique et la liberté d’expression« .

 

L’union

 

Pour peser dans les décisions publiques, pour avoir les moyens du numérique (compétences, visibilité, etc.)

 

Pourquoi pas un label ?

 

Qui définirait ce que cherchent les éditeurs qui en font partie et pourrait devenir un marque de qualité ou d’un « certain regard » (les mauvaises langues diront tout de suite « on veut transformer les éditeurs en label rouge, nous ne sommes pas des moutons ! »).

 

 

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