Charlie, liberté d’expression et laïcité

Charlie décapité. Comme dans les images qui nous viennent sur Internet où des hommes égorgent d’autres hommes au nom de leur dieu.
Bien sûr, on reste sidéré. Bien sûr, l’effroi nous saisit devant un tel massacre, on pense sans cesse aux victimes, on ne comprend pas ce qui a pu pousser leurs assassins à un tel acte.
Dans des moments pareils, on se rassemble, on parle, on partage l’incompréhension. C’est tout un pays qui se recueille lors d’une minute de silence qu’on veut croire partout respectée, quel que soit son bord politique s’il en a un, quelle que soit sa religion s’il en a une. Radios, télévisions, journaux, Internet, partout la même rengaine : « c’est la liberté d’expression qu’on tue ».

Qu’est-ce qui m’a gêné alors ?
Que ce soit répété ad nauseam ? Que ce soit l’alpha et l’oméga de tout ce qui est dit sur ce crime ? Que l’on n’interroge pas le désespoir de ces hommes qui tuent et savent qu’ils vont être tués dans la foulée?
Dans la classe de collège de mon fils, certains élèves ont rechigné à suivre cette minute de silence.
Sous couvert d’anonymat, car il ne fait pas bon exprimer trop fortement son désaccord dans des moments de communion nationale, certains ne disent pas la même émotion.
Et quelques-uns préfèrent #JeSuisAhmed à #JeSuisCharlie.

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Éducation Nationale : histoire sans prof

Manque de professeurs au collège : petite histoire qui pourra peut-être inspirer des parents se trouvant dans un cas similaire.

Mon fils aîné est en troisième dans un collège public. Comme chaque année, des professeurs manquent à la rentrée. Bon, cela ne dure habituellement qu’une ou deux semaines, mais cette fois-ci le professeur de physique-chimie prévu pour quelques heures de cours par semaine continue de manquer après trois semaines.

Après discussion avec le principal, celui-ci se dit pessimiste sur le fait qu’un professeur soit rapidement trouvé pour ces quelques heures de cours. Via les associations de parents, nous écrivons au rectorat pour dénoncer la situation et demander que le poste soit rapidement pourvu. Et, profitant de mon bagage scientifique, je me dis que, comme un bon papa impliqué, je vais commencer à donner des cours à mon fils…

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Filiation et adoption : glossaire

On entend tellement de choses fausses ou déformées en ce moment au sujet de l’adoption et de la filiation (dans le cadre du mariage homosexuel) qu’il me semble utile de rassembler quelques définitions et réflexions sur ce sujet.

Ce billet et les deux suivants sont des jalons pour la prochaine étape qui s’annonce, avec la remise à plat programmée en 2013 de la loi sur la famille, où les mêmes idées fausses ou pas tout à fait vraies risquent de réapparaître au sujet de la filiation et de l’adoption plénière.

Pour être tout à fait transparent, étant à la fois père adoptif et père biologique, je peux avoir une vue des choses que ne partageraient pas spontanément des personnes n’ayant pas la même expérience.

  1. Le billet présent est un glossaire.
  2. Le billet suivant analyse et critique le modèle de la famille qui est le nôtre aujourd’hui
  3. Le dernier billet discute de l’évolution que ce modèle pourrait suivre

Voici donc d’abord un petit glossaire…

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Histoire, analyse et critique de notre modèle familial

Le précédent billet a donné la définition des principales notions relatives à la filiation.

Ce billet et le suivant vont maintenant aborder le sujet de la famille (filiation et parenté) d’une manière à la fois analytique, dynamique et prospective :

  1. billet présent :
    1. L’histoire et l’analyse d’un modèle familial qui tend de plus en plus vers le fondement biologique et reste centré sur l’exclusivité parentale.
    2. La critique des arguments qui l’étayent : naturalismes, réification, stabilité
    3. Pourquoi il évolue ainsi, et la tension qui résulte de son ambivalence et de son décalage par rapport à ce qui se vit aujourd’hui
  2. billet suivant :
    1. Pourquoi il doit évoluer
    2. Comment il pourrait se transformer

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L’évolution de notre modèle familial

 Un précédent billet a donné la définition des principales notions relatives à la filiation.

Ce billet, dernier de la série de trois, propose quelques axes d’évolution de notre modèle familial :

  1. billet précédent :
    1. L’histoire et l’analyse d’un modèle familial qui tend de plus en plus vers le fondement biologique et reste centré sur l’exclusivité parentale.
    2. La critique des arguments qui l’étayent : naturalismes, réification, stabilité
    3. Pourquoi il évolue ainsi, et la tension qui résulte de son ambivalence et de son décalage par rapport à ce qui se vit aujourd’hui
  2. billet présent :
    1. Pourquoi il doit évoluer
    2. Comment il pourrait se transformer

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Luxe et volupté – Breaking the waves

La petite famille partie en vacances. Seul ce soir. Paris.

Un long détour à travers la ville, température douce et soleil timide, mes pas me portent. Je me rends à la pinacothèque. L’expo sur Tamara de Lempicka et dans la foulée celle sur l’Art Nouveau.
J’en ressors un peu ivre, les yeux débordants, envie de dire merci. Et je respire à pleins poumons l’air de cette terre, je suis avec tous, les humains ont inventé la parole qui traverse les âges.

Un ou deux sex shops survivants. En attendant les prostituées, plus tard dans la soirée. Chair triste et sale, solitaire, grise, cachée, soumise.

Mais deux pas, et puis Fauchon. Plaisir des yeux, papilles en émoi. Je musarde devant les vitrines, Saint-Jacques, saumon, foie gras, macarons… arrangés en courbe, entourés de gelée, rafraîchis de légumes juste cuits.

Monsieur ? …ça, et puis ça… et ça aussi s’il vous plaît !

Tout à l’heure à Saint Lazare je suis passé devant des clochards. Ils s’installaient pour la nuit sous les arcades du côté de l’hôtel 4*. Je ne les ai pas regardés. Sacs plastiques, urine, solitude. Nuit et jour et nuit et jour et nuit.

A la maison, l’odeur des lilas. Un Rully sur la table, Mozart plein, plein la maison. Je déguste le mille-feuilles aux asperges et wasabi, je savoure longuement le pavé d’agneau rôti dans une feuille de chou, je fonds sur le carré aux framboises et crème légère.

Dans ma rue, des vieux, seuls, attendent de mourir devant leur télé.

Comment concilier plaisir et mal de vivre ? Comment marier douleur et plénitude ? Comment ne pas sombrer dans le malheur de chacun ?

La beauté est tout à la fois.

Adoption plénière : un dialogue étonnant au Sénat

Dans le cadre de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, des discussions ont lieu autour de l’adoption.

Le sénat a auditionné un certain nombre de personnes morales ou physiques à ce sujet. Dans le compte-rendu de la semaine du 11 mars 2013 de la commission des lois (disponible ici), on lit avec stupeur les propos de M. Jean-Pierre Michel, Sénateur de la Haute-Saône, dont je vous livre ici un extrait (c’est moi qui souligne) :

M. Jean-Pierre Michel, rapporteur. – Nous avons entendu nombre d’associations sur la question de l’adoption. On peut se demander si l’adoption plénière répond encore aux réalités, alors que l’on adopte des enfants plus âgés, et bien souvent à l’étranger. Est-il encore légitime, a fortiori pour une adoption par des parents de même sexe, de cacher à l’enfant ses origines ?
Car il saura d’emblée que ses parents ne sont pas ses parents biologiques. L’adoption plénière est une fiction qui veut que l’enfant entre totalement dans sa famille d’adoption, sans possibilité de savoir d’où il vient. Mentir est pire que tout pour la construction de l’enfant. Ces questions surgiront inévitablement lors de l’examen des amendements en séance publique. En tout état de cause, la discussion est engagée, et cette question de l’adoption devra avoir une place centrale dans le projet de loi à venir sur la famille.

Je vous laisse lire la première partie de ce compte-rendu. Il montre une effarante méconnaissance de la réalité, d’autant plus chez des gens chargés de faire des lois.

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