L’artiste en pointillés des temps numériques

Je ne chercherai pas ici à dresser un tableau historique de l’évolution de l’artiste et de son image au cours du temps, cela est clairement en dehors de mes compétences…

Je voudrais juste noter une chose. Il me semble en effet que le numérique permet l’émergence d’une figure de l’artiste laissée pour compte : le pointillé.

Le pointillé va composer une chanson, l’interpréter, écrire un livre, réaliser une vidéo : l’alliance des outils numériques et de temps libre mettent à portée de chacun la création de « quelque chose », Internet permettant sa mise à disposition et sa diffusion sans frein, sans épuisement et sans limite de temps.

Le pointillé peut offrir un joyau, mais il n’en a pas suffisamment pour tenir le haut de l’affiche, c’est le Rimbaud d’Internet, celui qui n’a qu’une fleur à son bouquet. L’artiste « rencontré » au fil de lectures, d’auditions ou de visionnages l’est comme beaucoup d’entre nous : de temps en temps, entre le boulot et la famille, suivant une inspiration, quelque chose à exprimer, mais pas tous les jours pendant toute la vie.

Il n’est pas sanctifié par un éditeur, un article de presse ou un CD gravé ; il est plutôt sur le registre de l’artiste sans statut que nous admirons pourtant de la Dame de Brassempouy aux innombrables sculptures ou peintures qui ornent les églises.

Nous n’avons plus de Brel, de Barbara ou de Brassens qui ont pu pendant vingt ans occuper le devant de la scène : tout s’use si vite maintenant, il faut que ça tourne. Brassens aurait-il pu tenir vingt ans avec ses chansons un peu répétitives, face à ce flot ininterrompu de nouvelles créations, qu’on puisse les baptiser « œuvres » ou pas ? Face à la voracité si versatile des consommateurs de culture ?
Oui, mais pas seulement. Dans les pointillés il y a des gens qui tout simplement savent qu’ils n’ont pas toujours quelque chose à dire ou à montrer et préfèrent ne pas en vivre plutôt que de vouloir exister à tout prix. Et je préfère un artiste pointillé qui offre de temps à autre une fleur nouvelle et puis vaque tranquillement à son autre vie, qu’un pointillé qui passe son temps à vendre son premier roman pour ressembler tellement à un vrai artiste, un artiste à plein temps, un artiste à statut, un artiste reconnu…

Les pointillés ont certainement toujours existé. La différence aujourd’hui, c’est que le numérique + Internet leur donnent une voix qu’ils n’avaient pas avant.

Et puis il y a autre chose que j’apprécie dans ces pointillés : la liberté que cela provoque, comme celle qu’on ressent quand on quitte ses parents et qu’on doit faire ses premiers choix. On découvre, on apprécie, on juge, on recommande. Par soi-même, hors des recommandations officielles, hors des critiques, sans avoir absolument besoin d’intermédiaires qui filtrent et choisissent. On se surprend par ses inclinations, on s’étonne d’aimer quelque chose d’inconnu, on sourit de trouver une résonance dans cet océan exubérant. On prend goût à cette délicieuse sensation de trouver chez des semblables autre chose qu’un métier ou une catégorie socio-professionnelle.
On a la preuve que nous sommes complexes, riches, sensibles individuellement. Qu’on ne naît pas artiste, mais qu’on peut l’être et plein d’autres choses en même temps.

Les artistes pointillés sont peut-être, finalement, les plus humains.

Bon surf !

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Ne pas savoir

Le numérique et Internet ont une capacité extraordinaire : celle de mettre à la portée de chacun et aussi bien dans le sens consommation que production, un fantastique réservoir de contenus. Ils ont fait naître en moi une boulimie, celle de vouloir tout lire, tout voir. Et bientôt une frustration, une journée n’ayant que 24 heures dont 7 délicieusement perdues à dormir (pour moi !).

Il y a longtemps, j’ai lu une nouvelle parlant d’un homme qui voulait posséder toutes les femmes de la terre qui seraient à son goût. Il conçoit donc un DAR.DAR (Dispositif Automatisé de Recherche puissance 2) qui lui donne la liste de toutes ces femmes et un élixir qui lui permet de les envoûter pour qu’elles tombent dans ses bras. Tout fonctionne bien pour lui. De plus en plus épuisé mais toujours vivant, le pauvre tombe finalement sur un mari soupçonneux qui l’empêche de posséder la dernière femme de la liste. Il meurt sans avoir pu réaliser son dessein extravagant (argh, quand j’y pense, à une près !).
Bon, l’extrême pauvreté du scénario étant compensée par des détails croustillants sur les conquêtes et les galipettes, l’adolescent que j’étais s’est satisfait de cette lecture.

Mutatis mutandis, je ressens la même frustration face à l’immensité de ce qui pourrait m’intéresser que je ne connaîtrai jamais.

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Citoyenneté et numérique

Je suis allé jeudi 24 novembre 2011 à l’université Paris-Dauphine assister à des débats autour des thèmes de citoyenneté et numérique.

Sur un des murs de l’amphithéâtre, gravée sur une plaque de marbre, cette phrase de Raymond Aron, tout à fait dans le sujet :

« La liberté politique contribue à rendre les hommes dignes d’elle, à en faire des citoyens ni conformistes ni rebelles, critiques et responsables. »

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