TEA ou MO3T : c’est pas pareil ! (1ère mise à jour)

Pour ceux qui ont déjà lu cet article, la mise à jour n°1 est disponible à la fin (UltraViolet)

Une réponse de MO3T est disponible dans les commentaires de cet article (Pierre Geslot). Celle de TEA fait l’objet d’un autre article accessible ici.

TEA et MO3T sont actuellement deux projets qui tentent, en France, de proposer une gestion intégrée et cohérente des contenus numériques, TEA étant orienté « livres numériques », MO3T se voulant ouvert à tout type de contenu.

On parle (un peu) de TEA, moins de MO3T. Je vais tenter ici une analyse de ces deux approches, pour votre plus grand plaisir il va sans dire…

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Envie de rien

Je reste un peu à l’écart
J’entretiens ma petite douleur,
Légère étrangeté
Dont je suis amoureux.

Je vous regarde bouger pour rien
Au coin du feu, sourire lointain.

Aucune envie de changer
Ni de prendre le vent du large,
Arène de tripes et de sueur
Corps rejetés, moi, les autres sur le bord
un tas épuisé bon enfin pour  la mort.

Aucune envie de perdre dans le vent du large
Ma petite étrangeté
Et ma si légère douleur.

L’avenir de l’édition indépendante

Le salon « L’Autre Livre » des éditeurs indépendants qui se tient du 16 au 18 novembre 2012 à Paris (http://www.lautrelivre.net/) est l’occasion d’un débat sur l’avenir de l’édition indépendante (le 17 à 15h00).

A ce propos des contributions ont été demandées pour alimenter le débat. Voici donc la mienne, qui se fonde en grande partie sur la réflexion initiée dans les articles « les éditeurs au tournant du numérique » et « l’auteur, l’éditeur, le numérique et la liberté d’expression » de ce blog.

Je ne reviendrai pas sur le fait que l’édition indépendante représente pour une bonne part la diversité de la création et des idées.

Mais je n’ai pas envie de réfléchir à cette problématique en me donnant a priori pour but de « sauver » la chaîne du livre actuelle. De tels prémisses amènent trop souvent à de la langue de bois, à des subventions saupoudrées et finalement des décisions cachées ou des non-choix, donc souvent à la pire des situations : la situation non choisie.

L’édition indépendante se heurte à plusieurs difficultés. Mais elle a aussi des atouts et des leviers à faire jouer, certains nouveaux comme le numérique.

Je voudrais aborder la problématique en faisant une séparation entre ce qui relève de l’essence même de l’activité d’édition, et ce qui relève plus d’un changement de situation. Je finirai par la mise en exergue des leviers et moyens que peuvent saisir les éditeurs (voire les libraires) pour ne pas voir leur activité disparaître et des propositions ou des pistes de réflexion.

 

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Les indicateurs, relève de la langue de bois ?

Hannah Arendt

Quelques mots sur les indicateurs…

Pas très excitant, ni très ludique, hein ? Alors pourquoi ?

Parce que nous vivons en permanence avec eux, politique, économie, entreprise, qu’ils participent aux prises de décisions à n’importe quel niveau, notamment au niveau le plus haut de notre société pyramidale.

Vite fait : un indicateur est une valeur qui se veut le reflet de la mesure d’une situation ou d’un objet. Il est choisi pour sa capacité à aider une prise de décision. Il va généralement agréger un certain nombre de mesures de l’objet étudié (pays, entreprise, activité, etc.) pour en donner une synthèse plus facile à manier.

En soi, un indicateur est un outil très utile. Simple, lisible, il paraît idéal pour prendre rapidement des décisions. Mais il couvre cependant des pièges redoutables s’il est utilisé mécaniquement.

La prise de décision

les indicateurs sont le plus souvent associés à la prise de décision. Le piège dans ce domaine réside dans le fantasme du pilote d’avion ou du stratège dans sa tour d’ivoire.

Il peut en effet nous laisser à penser qu’on n’a plus à connaître en profondeur la réalité, que l’indicateur suffit. Sa valeur ou le dépassement d’un seuil effacent trop souvent la prise de décision au profit d’une simple réaction mécanique. Elle permet à celui qui décide, une certaine paresse, une assurance tous risques, une déresponsabilisation, quelquefois même une certaine mauvaise foi. L’indicateur nous guide et vient à notre secours lorsqu’on se sent englouti par la complexité que revêt quelquefois la prise de décision. Mais si l’on en reste là, le guide se révèle être un naufrageur.

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Éloge de la concision

Que pensez-vous de ça :

mon cœur, comme la lune d’automne,

sur l’étang de jade, claire, pure

en fait rien ne peut lui être comparé

comment expliquer alors ?

La concision est pour moi le plus bel exercice d’expression. A ce jeu la poésie est forcément la meilleure : une métaphore est la compréhension instantanée de tant de notions, d’idées, de sentiments mélangés.

Combien de chapitres de livres pourraient être résumés en quelques vers fulgurants ?

Être concis sans rien perdre du détail, et pourtant ne pas l’expliciter. Savoir jouer de la couleur et de la texture de l’expression pour ramener en chacun des lecteurs, comme dans des filets, la foule des détails inexprimés et peut-être d’ailleurs inexprimables.

Sans compter que la concision est indispensable de nos jours : tant d’information disponible… si personne ne fait un effort ! Quand je lis des tweets se plaignant du maximum de 140 caractères, je dis « merci » à twitter et j’ajoute « écrivez un vers » !

Allez, encore un pour la route ?

Torrent de jade, source claire

la lune sur Han Shan, lumière blanche

compréhension tacite, l’esprit originellement clair

à contempler le vide s’épanouit le silence

PS : les poèmes sont tirés du livre « Merveilleux le chemin de Han Shan » éditions Moundarren (livre papier, sorry !)

L’artiste en pointillés des temps numériques

Je ne chercherai pas ici à dresser un tableau historique de l’évolution de l’artiste et de son image au cours du temps, cela est clairement en dehors de mes compétences…

Je voudrais juste noter une chose. Il me semble en effet que le numérique permet l’émergence d’une figure de l’artiste laissée pour compte : le pointillé.

Le pointillé va composer une chanson, l’interpréter, écrire un livre, réaliser une vidéo : l’alliance des outils numériques et de temps libre mettent à portée de chacun la création de « quelque chose », Internet permettant sa mise à disposition et sa diffusion sans frein, sans épuisement et sans limite de temps.

Le pointillé peut offrir un joyau, mais il n’en a pas suffisamment pour tenir le haut de l’affiche, c’est le Rimbaud d’Internet, celui qui n’a qu’une fleur à son bouquet. L’artiste « rencontré » au fil de lectures, d’auditions ou de visionnages l’est comme beaucoup d’entre nous : de temps en temps, entre le boulot et la famille, suivant une inspiration, quelque chose à exprimer, mais pas tous les jours pendant toute la vie.

Il n’est pas sanctifié par un éditeur, un article de presse ou un CD gravé ; il est plutôt sur le registre de l’artiste sans statut que nous admirons pourtant de la Dame de Brassempouy aux innombrables sculptures ou peintures qui ornent les églises.

Nous n’avons plus de Brel, de Barbara ou de Brassens qui ont pu pendant vingt ans occuper le devant de la scène : tout s’use si vite maintenant, il faut que ça tourne. Brassens aurait-il pu tenir vingt ans avec ses chansons un peu répétitives, face à ce flot ininterrompu de nouvelles créations, qu’on puisse les baptiser « œuvres » ou pas ? Face à la voracité si versatile des consommateurs de culture ?
Oui, mais pas seulement. Dans les pointillés il y a des gens qui tout simplement savent qu’ils n’ont pas toujours quelque chose à dire ou à montrer et préfèrent ne pas en vivre plutôt que de vouloir exister à tout prix. Et je préfère un artiste pointillé qui offre de temps à autre une fleur nouvelle et puis vaque tranquillement à son autre vie, qu’un pointillé qui passe son temps à vendre son premier roman pour ressembler tellement à un vrai artiste, un artiste à plein temps, un artiste à statut, un artiste reconnu…

Les pointillés ont certainement toujours existé. La différence aujourd’hui, c’est que le numérique + Internet leur donnent une voix qu’ils n’avaient pas avant.

Et puis il y a autre chose que j’apprécie dans ces pointillés : la liberté que cela provoque, comme celle qu’on ressent quand on quitte ses parents et qu’on doit faire ses premiers choix. On découvre, on apprécie, on juge, on recommande. Par soi-même, hors des recommandations officielles, hors des critiques, sans avoir absolument besoin d’intermédiaires qui filtrent et choisissent. On se surprend par ses inclinations, on s’étonne d’aimer quelque chose d’inconnu, on sourit de trouver une résonance dans cet océan exubérant. On prend goût à cette délicieuse sensation de trouver chez des semblables autre chose qu’un métier ou une catégorie socio-professionnelle.
On a la preuve que nous sommes complexes, riches, sensibles individuellement. Qu’on ne naît pas artiste, mais qu’on peut l’être et plein d’autres choses en même temps.

Les artistes pointillés sont peut-être, finalement, les plus humains.

Bon surf !

Un journaliste doit-il dire ce qu’il sait ?

Intéressante vidéo d’Arrêt sur Image avec Eric Fottorino, ex-directeur du journal le Monde à propos de son livre « Mon tour du Monde » (Gallimard).
Vers la minute 45, ils parlent de l’épisode suivant relaté dans ce livre : alors qu’il est directeur du Monde, Eric Fottorino se trouve participer à un déjeuner où des accointances et des relations de copinage se montrent sans fard entre Colombani, Sarkozy et Minc.

Daniel Schneidermann qui l’interroge pour Arrêt sur Image, s’étonne que cela n’ait pas été rapporté dans les colonnes du journal. M. Fottorino, directeur du Monde qui n’est alors pas florissant financièrement, lui répond qu’il n’a pas estimé à ce moment que cela fût adroit vis à vis de ses actionnaires, dans sa position, qui plus est à la recherche de capitaux.
Il estime également que des lecteurs n’auraient pas apprécié qu’une situation privée soit lâchée sur la place publique.

Peut-on révéler une information issue d’un cadre privé, peut-on la retenir ? Tout peut-il être dit ?

Facebook ou Google par exemple considèrent que oui, en parlant des internautes : en gros si l’on ne veut pas que ce soit connu, il ne faut simplement pas le faire ou le dire.

D’un autre côté, lorsqu’il est question de personnes publiques auxquelles nous confions notre pouvoir, ne faut-il pas connaître ce qu’ils sont, leurs réseaux, la différence qui existe entre leur image public et ce qu’ils montrent en privé ?
Pour ma part je pense que oui.

Ces accointances révélées ne seraient d’ailleurs pas forcément à prendre comme des trahisons, si l’on ne veut pas rester sur un mode où le pouvoir est sacralisé : elles peuvent aussi participer à rendre nos personnages publics plus réels et nos attentes à leur égard moins inhumaines (voir le billet sur le président superman pour citoyens-enfants).

Le président, super-héros pour les citoyens-enfants

Vous avez certainement remarqué la manière dont la plupart du temps les journalistes interrogent un candidat (généralement en le coupant, surtout en télévision) : « et le chômage, qu’est-ce que vous faites pour le chômage ?  » (par exemple l’interview d’Eva Joly sur BFM-TV).
Remplacez « chômage » par « pouvoir d’achat », « sécurité », etc. ce n’est pas important. Ce qui me frappe c’est cette manière de concevoir encore et toujours le futur président comme l’homme ou la femme qui aura pour inconcevable tâche de régler tous les problèmes au mieux, par sa seule présence et son omnipotence, de nature certainement… divine !
Mais dans le même temps ces journalistes les écoutent à peine, se ruent sur la petite phrase, fouillent chaque hésitation, les interpellent d’une manière presque péjorative, comme on recadrerait brusquement un manant sur le rôle qu’on lui assigne.
Le chaud et le froid, l’interview par la pression : prêter à ce candidat des capacités extraordinaires tout en ne lui montrant aucun respect, ni par les questions, ni par l’écoute.

Mais qui croit donc à Superman ??? Cette position dans laquelle sont enfermés les candidats, qui fait fleurir les : « moi je pense que », « il faut que », « je ferai » etc. Stérilité, surface, image.

Je ne serais disposé à suivre que celui ou celle qui ne voudra pas paraître surhumain, qui ne prendra pas une voix de stentor, de chef ou de meneur mais qui proposerait simplement avant tout de nous traiter comme des grands pour que l’on travaille ensemble à nous gouverner.

J’abhorre le super-héros qui nous sauvera comme des enfants que nous voudrions rester.

Et puis parce que tout n’est pas mauvais, quand même, voici un autre exemple d’entretien que je trouve bien plus riche, les bonnes questions posées dans le respect de la personne interrogée provoquant des réponses de qualité (ici).

 

Les éditeurs au tournant du numérique

Depuis quelques temps en France, en clair depuis la montée en puissance de nouveaux acteurs dans le monde du livre (Amazon, Apple, Google), le rôle de l’éditeur dans un contexte numérique est souvent remis en question. Décriés tant par des lecteurs que par des auteurs ou des pure player de l’édition, les travaux législatifs sont parfois dépeints comme inadaptés. Et l’on y verrait l’empreinte du lobbying des gros éditeurs établis au détriments de tous les autres acteurs, y compris en fin de compte de la culture.

Effectivement, en suivant une pente, souvent présente sur Internet, de dénonciation des positions acquises ou de complots des puissances installées de l’édition contre le citoyen-lecteur-auteur, on peut lire régulièrement des articles ou commentaires appelant à la libération de la culture, à la baisse du prix pour le lecteur et à la hausse de la rétribution pour l’auteur, tout en desserrant l’étreinte trop étouffante de l’éditeur « établi ».

Karl Dubost (http://www.la-grange.net/) m’a fait remarquer, en réponse à un commentaire que j’avais laissé à l’article http://n.survol.fr/n/les-editeurs-sans-drm-sur-eden-livres du blog d’Eric D. (n.survol.fr)  sur les éditeurs sans DRM : « les éditeurs de livres papier raisonnent sur la vente d’un objet, donc en terme de propriété de cet objet« .

Cette courte mais vaste réponse m’a donné envie de comprendre un peu plus de quoi il retournait en fin de compte. Et finalement son explication, même si elle est vraie, ne me paraît pas épuiser le sujet.
Ce billet tente d’expliquer pourquoi.

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