Un suicide

A force de n’en plus pouvoir, du non-sens à chaque porte, de ma vaine respiration.
Insignifiance des idées, perpétuité à l’horizon. Rien ne sert, pour personne.
Un début pour une fin. Jeté, là, par une vague indifférente. Face à moi dans une vague indifférence.

Qui fut jamais aussi fatigué ?

Mais quelqu’un au bord du chemin m’a regardé, à travers moi les abîmes sans fond, le chemin de poussière, le désert du monde qui tourne et qui rit.
Sourire de loin, il m’aime et se moque.

On meurt bien de toute façon. Sors de l’œuf, trace l’eau, construis le sable.
Ne te crois pas.
Embrasse tendrement ce qui te faisait mal, endure donc ce qui n’arrive qu’une fois.

Le vote utile ou comment ne pas voter

On voit en ce moment, comme en d’autres moments semblables, des appels à « voter utile ».
Voter utile, c’est dans une certaine mesure mettre de côté les idées et les objectifs qui sont les siens et voter pour un candidat favori qui représenterait la meilleure chance d’éloigner ceux dont on ne veut vraiment pas.

Heureusement, nous sommes aidés ! Les sondages nous donnent la liste des favoris, les mêmes d’ailleurs qui feront l’objet d’une couverture plus appuyée par les médias, en fonction justement de ces sondages. On assiste alors à un classique effet de renforcement réciproque (si vous voulez sourire, ça fait du bien : http://blog.lefigaro.fr/election-presidentielle-2012/2012/01/bousculade-agitation-crepitement-de-flash.html).
Je ne reviendrai pas sur le fait qu’un sondage ne donne pas une image de la réalité mais juste des réponses à des questions, qu’il peut être instrumentalisé par les sondés et peut souvent ne pas correspondre à la réalité qu’il cherche à prédire (1). Toujours est-il que cet outil devenu omniprésent tente de deviner, à partir de réponses à des questions fermées, les attentes et orientations de nos chers, très chers concitoyens.

Lire la suite

L’auteur, l’éditeur, le numérique et la liberté d’expression

Un livre est fait pour être lu et, pour ceux qui en vivent, apporter une rémunération suffisante aux acteurs qui participent à sa création et à sa publication.

Les acteurs classiques du livre papier sont les suivants :

  • auteur – éditeur – diffuseur – distribution – libraire/vendeur
  • plus rarement : auteur seul, contractant avec des prestataires de service (impression par exemple)

Pour être lu, un livre demande à disposer d’une certaine reconnaissance, à « sortir du lot » : c’est le rôle de l’éditeur, qui va sélectionner le texte d’un auteur, s’occuper de la production du livre papier et de son exploitation. C’est aussi le rôle du diffuseur et des libraires qui vont mettre en avant le livre ou le conseiller.

Comme dans toute relation commerciale, celui qui demande se met sous la dépendance de celui à qui il demande. Ainsi l’auteur qui généralement demande à être publié, va être sous la dépendance d’un éditeur qui lui apporte reconnaissance et rémunération. L’éditeur, de son côté, va être sous la dépendance des diffuseurs et libraires/vendeurs qui représentent le gros de ses ventes. Mais à l’inverse, un éditeur aura un certain pouvoir sur les diffuseurs et libraires s’il édite des livres qui se vendent bien ou sur lesquels est faite une promotion qui assureront des ventes intéressantes.

Avec un livre numérique, la production et la diffusion sont a priori bien plus simples et la distribution disparaît. Les acteurs peuvent être :

  • auteur – éditeur – diffuseur – libraire/vendeur (presque comme dans le livre papier)
  • auteur – éditeur – libraire/vendeur
  • auteur – libraire/vendeur
  • auteur (si celui-ci s’occupe de composer et vendre lui-même ses livres)

Lire la suite

Eva Joly et la rhétorique

Hier soir je suis allé au premier meeting électoral de ma vie (il était temps !). Celui d’Eva Joly au Bataclan, la « nuit de l’égalité ».

Public diversifié, nombreux, même si le Bataclan n’est pas le Zénith.

Après un petit discours un peu criard de Cécile Duflot (et quelques sifflets au début qui montrent l’ambiance au sein du parti EELV), peut-être destiné à chauffer la salle, un long discours lu par Éva Joly sur un ton un peu monotone. Intéressant, cheminant de manière argumentée pour démontrer pourquoi l’égalité devient un pilier de sa campagne. Mais bien loin d’une tribune épique et de la rhétorique combative auxquels les hommes et femmes politiques nous ont habitués. (le visionner ici)

Lorsque Cécile Duflot a levé la main d’Éva Joly pour répondre aux applaudissement de la salle, on sentait bien que cette dernière n’était pas très à l’aise. Ça me plaît.

J’ai bien peur hélas qu’Éva Joly n’aille pas plus loin que les politiques du type Rocard, Balladur, etc. (je ne me place pas sur le terrain des idées) : pas assez de slogan, d’idée simple et choc, pas assez de sentences à l’emporte-pièce.

Lire la suite

Ne pas savoir

Le numérique et Internet ont une capacité extraordinaire : celle de mettre à la portée de chacun et aussi bien dans le sens consommation que production, un fantastique réservoir de contenus. Ils ont fait naître en moi une boulimie, celle de vouloir tout lire, tout voir. Et bientôt une frustration, une journée n’ayant que 24 heures dont 7 délicieusement perdues à dormir (pour moi !).

Il y a longtemps, j’ai lu une nouvelle parlant d’un homme qui voulait posséder toutes les femmes de la terre qui seraient à son goût. Il conçoit donc un DAR.DAR (Dispositif Automatisé de Recherche puissance 2) qui lui donne la liste de toutes ces femmes et un élixir qui lui permet de les envoûter pour qu’elles tombent dans ses bras. Tout fonctionne bien pour lui. De plus en plus épuisé mais toujours vivant, le pauvre tombe finalement sur un mari soupçonneux qui l’empêche de posséder la dernière femme de la liste. Il meurt sans avoir pu réaliser son dessein extravagant (argh, quand j’y pense, à une près !).
Bon, l’extrême pauvreté du scénario étant compensée par des détails croustillants sur les conquêtes et les galipettes, l’adolescent que j’étais s’est satisfait de cette lecture.

Mutatis mutandis, je ressens la même frustration face à l’immensité de ce qui pourrait m’intéresser que je ne connaîtrai jamais.

Lire la suite

Politique, liberté, je t’aime, moi non plus

Est-il possible de rester libre sans faire de politique ?

Et vous, la politique, qu’en pensez-vous ?

Est-ce quelque chose dont vous voulez avoir la liberté de ne pas vous occuper ?

Avez-vous l’impression qu’elle réduit votre liberté ?

Un long billet où sont abordés :

  • le rapport entre la liberté et la politique
  • comment on peut ne pas faire de politique
  • quelques exemples de la vie courante

Alors, m’sieurs dames, si le cœur vous en dit…

Lire la suite

Citoyenneté et numérique

Je suis allé jeudi 24 novembre 2011 à l’université Paris-Dauphine assister à des débats autour des thèmes de citoyenneté et numérique.

Sur un des murs de l’amphithéâtre, gravée sur une plaque de marbre, cette phrase de Raymond Aron, tout à fait dans le sujet :

« La liberté politique contribue à rendre les hommes dignes d’elle, à en faire des citoyens ni conformistes ni rebelles, critiques et responsables. »

Lire la suite

Livre numérique Cybook Odyssey (2ème mise à jour)

Pour un article plus récent comparant l’Odyssey et la Kobo Aura HD, voir ici.

Ça y est, je l’ai depuis tout à l’heure ! Je parle du nouveau Cybook Odyssey que je viens d’acheter chez Virgin.

Bibliothèque pleine, plus de place, des livres d’étude dont les annotations et références se perdent à force d’en avoir ; en parallèle, une offre de livres numériques que je sens mûrir (merci Amazon pour avoir bousculé le monde des éditeurs) ; un coût abordable (en tout cas pour la liseuse).

Je me suis donc lancé et ai fait mon choix parmi une offre pléthorique.

Pourquoi le Cybook Odyssey ? Pêle-mêle parce qu’il y a un dictionnaire, parce qu’il est ouvert (par rapport à un kindle), parce qu’il est vendu pour être le plus rapide sur le marché, parce qu’il est conçu en France (allez un petit effort encore, pourquoi pas le fabriquer à l’image de qooq, voir le billautshow ?), parce que Cybook a de l’expérience, est reconnu et a fourni des livres numériques toujours bien accueillis.

Lire la suite

Quelles solutions pour le système monétaire international ?

Hier je suis allé à une conférence organisée par la fondation « Res Publica » intitulée « Quelles solutions pour le système monétaire international ? »

Étaient invités :

  • Christian de Boissieu, Président du Conseil d’Analyse Economique
  • Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste économique, membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica, auteur de Mourir pour le Yuan ? Comment éviter une guerre mondiale ? (Bourin Editeur, 2011)
  • Paul Jorion, Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles, auteur de L’argent, mode d’emploi (Fayard, 2009) et Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard, 2009). Blog : http://www.pauljorion.com/blog/
  • Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des Economistes, auteur de Le Fabuleux destin d’une puissance intermédiaire (Grasset, 2011)
  • Sami Naïr, Administrateur et membre du Conseil scientifique de la Fondation

Jean-Pierre Chevènement, Président de la Fondation Res Publica était présent sans être acteur de ce colloque.

Voici quelques notes et impressions, un rapport complet devrait être mis en ligne dans quelques temps sur le site de la fondation :

Lire la suite

Indignés… de quoi ?

Lorsque je vois ces temps-ci des manifestants baptisés ou auto-baptisés « indignés », deux pensées me viennent :

  1. ils sont gentils
  2. ils sont gentils

Ils sont gentils car pour beaucoup d’entre eux la vie injuste et misérable qui est leur seul horizon pourrait en pousser plus d’un à se révolter bien plus durement.

Ils sont toujours gentils car une pancarte « nous passons avant l’économie », ou même « ce n’est pas notre dette » paraît vraiment « hors sujet ».

Lire la suite